Qui Marine Le Pen doit-elle remercier comme caisse de résonnance à ses idées et assistant prosélyte de son entreprise de dédiabolisation ? Ce pourrait être une question bleue (marine) au Jeu des Mille Euros, tant la réponse est facile. La Droite Populaire, ce courant agité par une quarantaine de députés extrêmement adroits et très à droite, a inventé le recyclage politique en faisant sienne les idées du Front National. Dans le montage de cette usine de retraitement de ses eaux usées, Marine Le Pen voit certes sa boutique politique pillée, mais surtout son influence grandir, et sa fréquentation potentiellement possible.

C’est en tous cas l’avis de 31% des français qui s’estiment d’accord avec les idées qu’elle représente et n’excluent pas de voter pour elle*. La porosité des idées légitimée par le parti au pouvoir, le cheval de Troie est trop beau pour le parti d’extrême-droite. Comme si à force de dire que la peste n’est pas contagieuse, elle ne l’était plus, le bas-côté de l’UMP trace la route en s’affirmant digue contre le FN, lorsque dans le même temps, elle organise elle-même la montée des eaux de l’extrême-droite.

Lionnel Luca le frontalier

De quoi parlons-nous exactement ? Fondé à l’été 2010, le courant, au sein de l’UMP, de la Droite Populaire a notamment fêté son premier anniversaire le 14 Juillet 2011 en invitant à un “apéritif saucisson-vin rouge”, reprenant l’appellation d’origine de l’initiative, un an auparavant, du Bloc Identitaire entre autres groupuscules d’extrême-droite. L’un des cofondateurs de la Droite Populaire, Lionnel Luca s’est faussement offusqué de l’association d’idées. Lionnel-Luca-depute-UMP-930-620-Maxppp_scalewidth_630

Pourtant l’homme est un habitué des bandes blanches mordues et des clins d’œils à ses “voisins” d’idées frontistes : ainsi a-t-il participé en Mai 2010 à un défilé contre le film “Hors-la-Loi” de Rachid Bouchareb (sans l’avoir vu) en compagnie de Jacques Peyrat (ex-FN, ex-UMP et soutien de Marine Le Pen pour la Présidentielle) ; il se déclare ouvertement pour la peine de mort ; encourage les lettres anonymes pour dénoncer toute fraude... entre autres ! Il a également soutenu la proposition d’un autre cofondateur du courant, Philippe Meunier, de réserver les allocations de solidarité aux personnes âgées aux “Français, Européens, et anciens combattants pour la France”. Toute ressemblance avec le programme du Front National n’est absolument pas fortuite. En résumé, la Droite Populaire, c'est le FN maquillé comme une voiture volée !

Avec son compère Thierry Mariani, il est aussi à l’initiative d’une pétition contre le droit de vote des étrangers aux élections locales. Pour se justifier, l’auto-proclamé “chef facho de la tribu des beaufs” déclare seulement “c’est toujours mieux d’être un dur chez les mous, qu’un mou chez les durs!”**. M’est avis que les deux doivent se croiser à un moment.

Dérapages en cascade

À Luca qui déclarait en 2010, “il n’y a pas besoin d’être de droite ou de gauche pour dire des conneries”, l’on pourrait aisément répondre qu’il vaut surtout mieux être membre de la Droite Populaire.

Il est des semaines où il nous semble n’entendre qu’eux à l’UMP. Toute bien pendue qu’elle soit, la langue de Lionnel Luca n’est pas la seule à faire assaut de déclaration toutes plus éclairées les unes que les autres. Ainsi la députée UMP (et non FN!) du Tarn-et-Garonne, Brigitte Barèges a prôné, samedi 14 Janvier 2012 sur France 3 Midi-Pyrénées, “la préférence nationale” pour l’accès à l’emploi. Pour rappel, le FN dans son projet présidentiel, propose d’appliquer la “priorité nationale” pour l’emploi. Cette députée s’était déjà illustrée en Mai 2011, en répliquant au projet PS de mariage homosexuel : “et pourquoi pas des unions avec des animaux?”.

Quelques mois auparavant, dans la Matinale du Mouv’, son collègue UMP-Droite Populaire député des Yvelines, Jacques Myard y était allé de sa petite surenchère par l’exemple : après  avoir dit qu'il considère l'homosexualité comme une perversion sexuelle, il déclarait “Vous me dites qu'il faut prendre en compte l'homosexualité car elle existe, moi je dis oui, mais, la zoophilie, elle existe aussi, on fait quoi alors?”.

Mariani touche le front

Mais il en est un qui a de la constance dans l’effort, c’est un autre fondateur du courant, le Ministre (!) des Transports Thierry Mariani. Celui à qui l’on doit le fameux projet de loi heureusement avorté sur les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, a tout au long du quinquennat démontré sa profonde, pour ne pas dire extrême, hémiplégie de pensée. Car en déclarant que “Si la droite n'assume pas ses valeurs, alors le Front National a de l'avenir”***, Mariani ne cache pas que ses fameuses valeurs sont si voisines de celles du FN que la droite qu’il incarne pourrait se les faire souffler si elle ne les défend pas la première. thierry-mariani

Alors lorsqu’il veut annoncer la pétition déjà mentionnée plus haut contre le vote des étrangers, le Ministre des Transports le fait dans l’hebdomadaire d’extrême-droite Minute, le 19 Octobre 2011. 

Si nous devions nous attarder sur les prises de position de chacun des quarante trois députés (à ce jour, liste des membres consultable sur leur site officiel) qui permettent d’établir l’échangisme idéologique entre la Droite Populaire et le Front National, la centaine de jours qui nous séparent de l’échéance présidentielle n’y suffirait pas. Juste deux noms pour vous donner une idée : Christian Vanneste défendant les intégristes catho’, et Eric Raoult et sa trop longue liste de sorties de route...

Influence grandissante

Le problème de la perméabilité de la veste UMP, c’est que lorsqu’elle prend l’eau par la manche droite, très vite c’est tout le tissu qui dégouline. Ainsi, déjà bien aidée par la dérive droitière de l’exécutif (voir précédemment), la stratégie de la Droite Populaire s’articule sur un zèle permanent dans la défense du bilan du quinquennat afin de se placer au mieux pour un potentiel deuxième mandat de Nicolas Sarkozy. Avec une promesse de campagne pour tous leurs adversaires : le seconde sera pire que le premier !

Dés lors, la Droite Populaire a pris de vitesse tous les autres courants de l’UMP, en un an et demi d’existence. Après l’allégeance à Guéant (“On se porte beaucoup mieux depuis qu’il est aux manettes” a notamment déclaré Lionnel Luca), ces élus extrêmes sont de mieux en mieux vus à l’Elysée. Et les autres courants de se retrouver pollués jusque dans leur ADN de pensée. Laurent Wauquiez, pourtant membre de la Droite Sociale, s’est ainsi lâché le 8 Mai 2011 sur BFM TV en fustigeant “l’assistanat, ce cancer de la société française”. “Si indiscutablement ces thèmes ont un écho dans les milieux populaires, il s’agit de sujets à manier avec précaution car il concerne la détresse humaine et le devoir de solidarité nationale”, a alors prévenu Alain Madelin, dans un élan d’humanité et une lucidité qu’il n’a jamais autant eu que depuis qu’il ne fait plus de politique. Avec la Droite Populaire dans le jeu, c'est vraiment la droite à l'envers. Les nouveaux clivages ne s’affichent plus sur le libéralisme (tous ou presque se disent contre), mais sur le social et la société.

La Droite Populaire a-t-elle donc aidé l’UMP à faire son coming-out de droitière impitoyable aux résurgences anti-tout (anti-immigré, anti-pauvre, anti-homo, anti-sociale...), ou réussit-elle seulement à la polluer de ses eaux usées si mal retraitées ?

 

*selon une étude TNS-Sofres faite entre le 6 et le 9 Janvier 2012 pour France Info, Le Monde et Canal+.

** in Les Inrockuptibles du 23/11/2011 

 *** in Le Point.fr le 6/08/2010